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Taïwan de plus en plus isolé sur la scène internationale

Deux archipels du Pacifique, les îles Salomon et les Kiribati, ont tour à tour «lâché» Taipei la semaine dernière pour faire alliance avec la Chine communiste.

Les îles Kiribati ont annoncé vendredi 20 septembre avoir rompu leurs relations diplomatiques avec Taïwan, en faveur de Pékin. Il s’agit d’une deuxième victoire pour la diplomatie chinoise, une semaine après que les Iles Salomon ont aussi reconnu la Chine communiste.

Le ministre des Affaires étrangères des Salomon, Jeremiah Manele, a précisé que la décision de se tourner désormais vers la Chine «était basée sur leurs intérêts nationaux». En juillet dernier, le premier ministre salomonais avait qualifié Taiwan d’ «inutile» pour son pays.PUBLICITÉ

Les Kiribati ont eux aussi invoqué «leurs intérêts nationaux» pour justifier leur choix de se retourner vers Pékin. La Chine doit encore officialiser ses relations avec les Kiribati, qui avaient tourné le dos à Pékin en faveur de Taïpei en 2003.

Les îles Salomon ont officiellement entamé leurs relations diplomatiques avec la Chine samedi lors d’une cérémonie à Pékin.

Les ministres des Affaires étrangères salomonais et chinois, le 21 septembre à Pékin.
Les ministres des Affaires étrangères salomonais et chinois, le 21 septembre à Pékin. Reuters

Des diplomates chinois ont annoncé que les îles Salomon et les Kiribati bénéficieront désormais «d’opportunités de développement sans précédent». Jeremiah Manele a précisé que «les opportunités de développement des îles Salomon sont énormes. Nous avons besoin de partenariats avec tout le monde, y compris avec la République populaire de Chine».

Le ministre des Affaires étrangères taïwanais, Joseph Wu, a déclaré que «le gouvernement chinois avait promis des fonds pour l’achat de plusieurs avions et ferrys, ce qui a entraîné les Kiribati à rompre leurs relations diplomatiques». Taïwan dénonce depuis des années la politique chinoise qui pousse les États du Pacifique à reconnaître Pékin en échange du financement de leurs infrastructures, ce que la Chine a toujours nié. Joseph Wu accuse également Pékin d’essayer de «supprimer et réduire la présence internationale de Taïwan».

Le ministre des Affaires étrangères chinois, Wang Yi, décrit la décision des Iles Salomon comme étant «une décision stratégique, transparente et naturelle» avant d’ajouter que «la Chine doit et sera réunifiée. Légalement, l’île de Taïwan a été et sera toujours une partie inaliénable du territoire chinois. Ce statut ne changera pas et est impossible à changer».PUBLICITÉ

La Chine continentale et Taïwan sont dirigés par des régimes rivaux depuis 1949 et la fuite sur cette île des nationalistes de Tchang Kaï-chek après leur défaite face aux troupes communistes de Mao Tsé Toung. Les deux gouvernements se considèrent, chacun, comme la véritable «Chine», ne laissant la possibilité aux autres pays du monde que d’en soutenir une seule.

Wang Yi a précisé qu’il ne reste plus «qu’une poignée de pays qui n’ont pas encore établi leurs relations diplomatiques avec la Chine». «Nous pensons que dans ces pays, il y aura de plus en plus de personnes qui se manifesteront» pour choisir Pékin, «conformément à la tendance actuelle».

Taïwan a perdu sept alliés en trois ans

Si les États-Unis reconnaissent Pékin et non Taïpei sur la scène internationale, ils assistent notamment Taïwan militairement. Depuis 2016, l’administration de Donald Trump favorise de plus en plus Taïpei afin de limiter l’emprise grandissante de la Chine sur le Pacifique. Les Kiribati et les Iles Salomon se situent dans des eaux stratégiques du Pacifique, dominé par les États-Unis et leurs alliés depuis la Seconde guerre mondiale. En signe de protestation, le vice-président américain Mike Pence a refusé de rencontrer le premier ministre des Iles Salomon qui espérait un partenariat pour le développement de l’archipel.

Depuis l’élection de la présidente Tsai Ing-wen en 2016, la Chine intensifie sa pression sur Taïwan et suspecte sa dirigeante de vouloir l’indépendance de l’île, impensable pour Pékin. La présidente taïwanaise a estimé que les Kiribati commettaient une «erreur», avant d’ajouter que l’archipel avait «abandonné un ami sincère et choisi d’être une pièce du jeu d’échecs chinois». Tsai Ing-wen accuse la Chine de vouloir «influencer le résultat de la présidentielle» qui aura lieu en janvier prochain et décrit le scrutin comme un «combat pour la liberté et la démocratie».

Les îles Salomon et les Kiribati faisaient partie des 17 pays, en grande partie des îles des Caraïbes et du Pacifique, qui reconnaissent Taïwan. La Chine a été ralliée par sept pays en trois ans: Sao Tome et Principe, le Burkina Faso, Panama, le Salvador, la République dominicaine et les Salomon et les Kiribati cette semaine. Avec un tiers de ses alliés situés dans la région, le Pacifique du Sud était devenu le bastion diplomatique de Taïwan qui espère freiner la politique expansionniste du gouvernement chinois.

Source: le Figaro.fr

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