Info-Monde

Mexique: cinq ans après, l’enquête sur la disparition des 43 étudiants vire au fiasco

Relatives of the 43 students of the teaching training school in Ayotzinapa who went missing in 2014 take part in a demonstration to mark the fourth anniversary of their disappearance, in Iguala, Guerrero state, Mexico, on September 27, 2018. (Photo by ERIC CHAVELAS / AFP)

Le gouvernement mexicain a annoncé la semaine dernière l’ouverture d’une nouvelle enquête sur le massacre présumé de 43 étudiants au sud du Mexique dans la nuit du 26 au 27 septembre 2014.

Où sont passés les 43 étudiants disparus dans la nuit du 26 au 27 septembre 2014 au Mexique? Cinq ans après les faits, la question n’a toujours pas trouvé sa réponse. Seul un fragment d’os a pu être identifié, et ce qu’il s’est passé ce soir-là à Iguala, dans l’État de Guerrero, demeure un mystère. Le plus volumineux dossier de l’histoire judiciaire du pays s’est même transformé récemment en véritable fiasco. À tel point que le procureur général du Mexique s’est engagé la semaine dernière à reprendre «à zéro» les investigations. «Nous allons reprendre une nouvelle enquête: indépendante, objective et claire», a promis Omar Gómez Trejo, le nouveau magistrat chargé du dossier.

Les familles des disparus n’ont jamais cru en la «verdad historica», la très critiquée version officielle du drame. À croire celle-ci, les étudiants de l’école normale rurale d’Ayotzinapa s’étaient emparés de cinq autobus pour aller manifester à Mexico. En route, ils sont attaqués par des officiers de la police municipale d’Iguala, agissant sur ordre du maire José Luis Abarca. Celui-ci craignait qu’ils ne viennent perturber un meeting politique organisé le soir même par sa femme. Les policiers «ripoux» ont livré les étudiants au cartel des Guerreros Unidos. Les narcotrafiquants, croyant avoir affaire à une faction rivale, les auraient tués. Les corps auraient été ensuite incinérés dans une décharge de la ville voisine de Cocula. Puis les cendres auraient été dispersées dans le Rio San Juan, à quelques kilomètres de là.

«C’est un affront aux victimes, aux parents de ce pays. C’est une parodie de la justice»

Le vice-ministre de l’Intérieur, Alejandro Encinas

Ce déroulé est aujourd’hui remis en cause par la justice. Courant septembre, un juge a remis en liberté 24 des policiers municipaux accusés. En tout, 77 suspects ont été relâchés, soit plus de la moitié des 142 interpellations réalisées dans cette affaire. «C’est un affront aux victimes, aux parents de ce pays. C’est une parodie de la justice», s’est offusqué le vice-ministre de l’Intérieur, Alejandro Encinas, qui dirige la «commission vérité» mis en place par le président Andres Manuel Lopez Obrador. En cause: les nombreuses irrégularités commises par les enquêteurs, notamment le recours à la torture lors des interrogatoires, comme en a encore témoigné une vidéo apparue en juin dans la presse mexicaine. Ainsi, plus de la moitié des preuves réunies contre les accusés ont été écartées du dossier par les juges car elles avaient été recueillies illégalement.

Mais le plus dur à digérer pour les proches des disparus aura sans doute été l’acquittement fin août de Gildardo López Astudillo, pourtant présenté comme «l’auteur matériel» de la disparition. «C’est la première fois qu’un tribunal décide d’absoudre un suspect dans cette affaire, ce qui confirme que l’enquête a été un échec judiciaire, ont réagi les familles des victimes. C’est une conséquence des irrégularités et des graves violations des droits de l’homme commises par le bureau du procureur fédéral sous l’administration de l’ancien président Enrique Pena Nieto.» «El Gil», un des chefs présumés du cartel des Guerreros Unidos, avait expliqué devant un juge que sa tête avait été placée dans un sac plastique pour lui arracher des aveux. La date même de son arrestation, en septembre 2015, était sujette à caution.

Pour calmer la colère des familles, à qui «AMLO» avait personnellement promis l’an passé justice et vérité, le gouvernement a lancé des poursuites contre l’ancien ministre de la Justice, Jesus Murillo Karam, ainsi que Thomas Zeron, alors directeur des enquêtes criminelles. Mais, avant tout, la justice devra répondre aux nombreuses questions laissées en suspens par les experts de la Commission inter-américaine des droits de l’homme, dont la mission avait été écourtée. Quel rôle a joué l’armée et la police fédérale qui surveillaient les étudiants depuis plusieurs heures? Les étudiants ont-ils malencontreusement détourné un autobus chargé d’héroïne à destination des États-Unis? Et enfin qu’est-il advenu des corps s’ils n’ont pas pu être incinérés dans la décharge?

Source: le Figaro.fr

You Might Also Like