Edito / Opinion

Merci, Rama Valayden!

Éditorial  

Dimanche 23 mai 1999. Scouts Club et Fire Brigade s’empoignent au Stade Anjalay. A la fin d’un match qu’ils jugent iniquement arbitré, des partisans rouges endiablés saccagent tout sur leur passage et embrasent des champs de canne. Arrivés dans la capitale, ils fracassent biens publics et privés avant de mettre le cap sur le bureau de la MFA avec une intention bien précise.

Entretemps, à Port-Louis, précisément à l’angle des rues Royale et Emmanuel Anquetil, se joue un autre drame, bien plus grave. L’Amicale, la maison de jeux qui s’y trouve, est prise d’assaut par un groupe d’hommes armés de toute évidence de projectiles incendiaires.Ce commando ou escadron de la mort a l’air expérimenté. Le bâtiment du quartier chinois devient aussitôt une fournaise. Malheureusement, sept personnes y périssent : Eugénie Louise Lai Yau Tim (2 ans), Catherine Elizabeth (6ans), Mme Yeh Ling Lai Yau Tim, Mme Rozana Jeannette Ramboro, Jean Alain Law Wing, Mohamed Fawzee Abdool Hakim et Babooram Luckoo. Une des femmes décédées était enceinte. Quelle tragédie! L’île Maurice est sous le choc et réclame justice.

Pour la police, il fallait, paraît-il, coûte que coûte, identifier les coupables. Comme ils n’y arrivaient pas, la réponse était toute trouvée avec un témoin controuvé, fabulateur à souhait, qui fit son entrée en scène. Ce satanique personnage allait accuser quatre innocents pour un crime qu’ils n’avaient jamais commis. Ils n’étaient peut-être que des casseurs d’un moment, emportés après un match de football gâché, selon eux, par un arbitrage déshonnête, mais ils n’ont aucune fibre de pyromanie dans leur ADN. Donc, à cause d’un témoignage mensonger, Sheik Imran Sumodhee, Khaleeloudeen Sumodhee, Abdool Naseeb Keeramuth et Muhammad Shafiq Nawoor allaient voir dix-neuf ans de leur vie gâchée. Dix-neuf ans! Quelque 10, 000,000 de minutes … Qui pourra leur rendre ce temps-là? Et cette liberté cloîtrée dans une prison qui les a privé de tout, de maman, papa, épouse, enfants, amis, amour, affection, amitié …? Ils ont vécu l’enfer. Et d’autres ont plus que souffert avec eux, jusqu’à tomber malade, se ruiner et mourir de chagrin.Il est impossible d’évaluer les torts et dommages causés à ces quatre hommes et leurs familles! Quatre innocents! Nous disons bien I-NNO-CENTS! Car c’est l’escadron de la mort de Bahim Coco, Azad Nundhoo et consorts qui est à l’origine de la tragédie de L’Amicale.

En prison, nos quatre compatriotes ont fait preuve d’une patience infinie,  voire d’un pieux stoïcisme. Ils ont dû se réorganiser, se recentrer, se forger un mental d’acier afin de pouvoir s’adapter à leurs nouvelles conditions. Ils n’ont certainement pas chômé ou végété en ce lieu. Bien au contraire, ils ont développé de belles qualités tout en retravaillant leur foi. La prison, c’était aussi un constant contact avec le Créateur. Immuable amour!

La liberté! Elle n’a pas de prix. C’est un bonheur plus pur que l’air que nous respirons. Le quatuor peut enfin palper de nouveau la vie en famille et retrouver les vrais amis. Pendant les deux décennies écoulées, il y en a qui ont exploité financièrement et politiquement les proches des quatre condamnés. Il y a des hommes de loi qui les ont endettés et ruinés. Mais il y a aussi de bonnes âmes qui, silencieusement et anonymement, ont soutenu les familles affligées.

Gare maintenant à la tentative de récupération politique. Quelques politiciens sans vergogne voudraient se poser maintenant en messie aux côtés des colombes. Où étaient-ils pendant toutes ces années alors que les Sumodhee, Keeramuth et Nawoor ainsi que leurs familles étaient au supplice? Notons toutefois qu’à sa sortie de prison, un des affranchis a remercié le député Osman Mahomed pour son soutien. Celui-ci est constamment présent dans la circonscription No 2.

S’il y a un homme qui a foncièrement cru en l’innocence des quatre condamnés de L’Amicale, c’est bien Rama Valayden. Il s’est donné corps et âme pour eux,  il a remué le ciel et la terre pour leur libération. Avec l’aide de son équipe d’avocats, dont son bras droit dans cette affaire, l’affable et humble Sameer Hossenbaccus, il a sondé les gens, mené rigoureusement son enquête, fouillé dans les archives et dossiers, procédé minutieusement jusqu’à l’ultime étape. Il s’est donné toutes ces peines sans réclamer ou prendre un sou. Un homme extraordinaire! Un héros!

Merci, Rama.

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