Edito / Opinion

Éditorial – Le cheikh qui tenta de démembrer à la Khashoggi le moral de One and Only

Éditorial – Le cheikh qui tenta de démembrer à la Khashoggi le moral de One and Only

Sur les réseaux sociaux, il nous distrayait. Tour à tour satirique et taquin, il titillait les internautes et ‘prenait nissa’ avec certains politiciens. Ses drôleries avaient fait de lui la coqueluche de nombre de compatriotes qui attendaient impatiemment ses ‘prochains épisodes’. Encouragé par ceux-ci, il poussait le bouchon toujours un peu plus loin jusqu’à estomaquer Cheikh Machin. La viralité des vidéos de l’inénarrable ‘Dubaïote’ était telle que le fusilleur du désert comprit qu’il était devenu clownesque aux yeux des autres. Un soir, il tempêta : « Tiens! Tiens! On me prend pour le bouffon du roi? One and Only! Je jure sur la tête de mon chameau que j’aurai ta peau!

Désormais c’est toi la tête de Turc! »

De son téléphone satellitaire, la terreur des coquelets bleus appela son alter ego, le Prince Salman, qui se la coulait douce sous une yourte, pour lui raconter son calvaire : « Un amuseur de cirque m’agace … Je dis bien M’AGACE, car chez nous, dès qu’on t’agace, c’est une forte amende ou jusqu’à dix ans de prison qui t’attend. C’est la loi, ein … ». Le prince l’interrompit : « Écoute, chez nous il n’y a pas de loi. On règle ton compte avec une scie à os. On te décapite, te dépèce et te dissout dans de l’acide. Tu disparais à jamais. Aucune trace de toi! »

« Aucune trace? Mais pourtant il y a une bande sonore et, paraît-il, même des vidéos, patron, » s’inquiéta l’esclave. Perplexe, le sanguinaire héritier réfléchit un instant avant de reprendre son souffle : « Écoute, Machin, on voit bien que t’es un faux Arabe mais un vrai nigaud. Ces trucs-là ne marchent pas avec nous. Bande sonore ou bande de merde, c’est la même chose pour nous. Je nie. Je dis que c’est faux, inventé de toutes pièces, montage, trucage … un peu comme fait Bal Koulèr chez toi … Allez, raconte! Quel est ton problème? Qu’attends-tu de moi? Des dollars? »

Chèque Sans Provision susurra : « L’emmerdeur de Dubaï me tourne en bourrique … » Le maître des dunes lui coupa la parole immédiatement: « Mais tu l’es déjà, non? » « Quoi, bourrique? rigola le Cheikh déchu, Moi, bourrique? Jamais de la vie! Je peux couillonner qui je veux, même Papa-Piti. Toi aussi je te couillonne, mais tu ne le remarques jamais. Je suis si habile, tu vois … Enfin, passons … Oui, je te disais … Comment faire pour taire mon détracteur? Quand il parle, les autres sont amusés et moi … ‘anusé’. Tu comprends ça, toi? Si c’était seulement un suppositoire, mais c’est gros comme les obus que tu utilises pour détruire le Yémen!»

Chagrin de voir son pote ainsi abattu, le prince malfaisant lui conseilla : « Sers-toi de tes relations, mon vieux. Parle à Chose, dis-lui que, moi et toi, nous sommes plus que ‘caleçon et chemise’ et qu’on se téléphone tous les jours. D’ailleurs, c’est ce que tu racontes partout, non? ». Les yeux de Cheikh Machin scintillèrent de malice. Il appela un de ses contacts à Dubaï pour le supplier de déloger ce fan de Liverpool de la première ville des Émirats arabes unis.
Commença alors le calvaire de One and Only. Les autorités dubaïotes le tarabustèrent. Là-bas aussi l’ordre était venu d’en haut. Et l’ordre d’en-haut de cet émirat était venu d’une île lointaine. On le persécuta, terrifia, démoralisa. On allait l’expulser. Il pensa à son emploi, sa famille, sa réputation. Il craignait qu’on le démembrât comme Jamal Khashoggi! Finalement, pour avoir la paix et la vie sauve, il accepta de se museler. Et son silence fit du bruit!

Cette cruelle injustice déchaîna la colère de ces milliers de fans de One and Only qui se lancèrent alors dans des attaques au vitriol contre le régime. Devant cette levée de boucliers, Cheikh Machin se fit tout petit et innocent. À un volubile mais maladroit agent, le prédateur promit d’intervenir en faveur de sa proie. Voilà comment le commanditaire d’une tentative d’expulsion voulut se faire passer pour un libérateur, un sauveur.

Il vola avec le voleur, mena l’enquête avec le gendarme et pleura avec celui qui avait été volé!

Quant à la bande sonore devenue son sérum de vérité, eh bien, ‘pou bizin ale dimane bondié!’

REZA ISSACK

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