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Royaume-Uni : Quels sont les principaux enjeux des législatives de jeudi ?

Royaume-Uni : Quels sont les principaux enjeux des législatives de jeudi?

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  • Ce jeudi, les Britanniques votent pour la troisième fois en quatre ans pour leurs députés.
  • La campagne, à la fois peu enthousiasme et violente, a été polarisée par le Brexit.
  • Selon les derniers sondages, les conservateurs devraient l’emporter, mais il reste beaucoup de doutes et une possibilité que le Parlement se retrouve sans majorité.

Ce jeudi, 46 millions de Britanniques sont appelés aux urnes pour élire les 650 députés de la Chambre des communes. Après trois ans et demi de doutes, de scissions, de débats parfois violents sur le Brexit, ces élections législatives visent à désigner le futur gouvernement britannique. Et à donner le ton de l’éventuel divorce avec l’UE. 20 Minutes fait le tour des grands enjeux de ces élections.

Qu’est-ce qui fait l’originalité de ces élections ?

« D’abord, la polarisation sur la personnalité des chefs de parti principaux, Boris Johnson et Jeremy Corbyn. C’est en décalage avec le système britannique, où l’on vote traditionnellement pour un parti politique, analyse Sarah Pickard, maîtresse de conférences à la Sorbonne Nouvelle sur la civilisation britannique et autrice de Politics, protest and young people. Il est rare de voir une si grande divergence entre les programmes, mais également entre les personnalités des têtes de liste. »

L’autre spécificité, c’est bien sûr l’omniprésence du Brexit. « Il a dominé la campagne et fait clivage dans la population, mais aussi au sein des partis mêmes. » Un bruit de fond qui épuise les Britanniques. « C’est la troisième élection en quatre ans, c’est totalement atypique, rappelleAgnès Alexandre-Collier, professeure de civilisation britannique à l’université de Bourgogne, actuellement en poste à la maison française d’Oxford. On a assisté à une campagne apathique, avec peu d’enthousiasme et beaucoup de lassitude. Alors qu’en général, les Britanniques sont actifs sur le terrain, avec des affiches aux fenêtres, des militants qui font du porte à porte. Et d’un autre côté,ces derniers mois ont été marqués par une grande violence. On l’a vu lors des débats parlementaires, certains députés ont reçu des menaces de mort, des accusations d’antisémitisme. C’est du jamais vu, ce climat extrêmement délétère, particulièrement envers les femmes politiques. Surtout dans un système britannique qui se veut un modèle de vertu, de démocratie… »

Enfin, troisième sujet clé : le vote des jeunes. Selon le mouvement étudiant For our Future’s Sake (FFS), 1,4 million d’électeurs de moins de 25 ans se sont enregistrés sur les listes électorales avant la date butoir du 26 novembre, soit une augmentation de 55 % par rapport à 2017. « On sait que le parti travailliste a un programme très écologiste, très en faveur des jeunes », poursuit Sarah Pickard. Mais est-ce que cette hausse des inscriptions peut faire pencher la balance en faveur du Labour ? « Peut-être pour quelques circonscriptions, mais à la marge, avance cette spécialiste du Royaume-Uni. Mathématiquement, les jeunes sont moins nombreux que les plus âgés, votent moins, et sont surtout dans les circonscriptions où il y a des universités, en général déjà travaillistes. »

Que proposent les partis ?

La campagne a été polarisée autour de deux grands thèmes : Brexit, on l’a dit, et la santé. Sur le premier sujet, sans surprise, Boris Johnsons’engage à faire sortir le Royaume-Uni de l’UE d’ici à fin janvier, après trois reports. Son but : réunir la majorité qui lui faisait jusqu’ici défaut pour faire adopter l’accord de sortie de l’Union européenne négocié avec Bruxelles. De son côté, le Labour souhaite un nouveau référendum, pour voir s’il faut rester dans l’Union européenne ou en sortir. « Le parti libéral-démocrate, le troisième parti important, est le seul à porter la voix anti-Brexit », souligne Agnès Alexandre-Collier​.

Après le Brexit, le système de santé est la deuxième préoccupation des électeurs. Le leader travailliste Jeremy Corbyn a mené une campagne très à gauche, fondée sur la défense des services publics, notamment de santé, qui souffre des conséquences d’années d’austérité. Tentant de se débarrasser de cet héritage qui leur colle à la peau, les conservateurs se sont aussi engagés à augmenter les fonds alloués au National Health Service (NHS) de 34 milliards de livres sterling (40,2 milliards d’euros) sur cinq ans.

Quels scénarios possibles ?

En résumé, pour former un gouvernement, il faut qu’un parti politique gagne plus de la moitié des 650 circonscriptions, soit 326 sièges. Le dernier sondage publié par l’institut YouGov donne le Parti conservateur en tête des intentions de vote avec 339 sièges, avec une majorité de 13 sièges. Mais l’écart avec l’opposition travailliste ne cesse de se réduire : la formation de Boris Johnson était auparavant créditée d’une majorité plus confortable de 68 sièges. Ces projections n’excluent d’ailleurs « absolument pas la possibilité d’un Parlement sans majorité » en raison de la marge d’erreur, souligne l’institut dans son communiqué. « Dans l’état actuel des choses, il y a seulement 85 sièges dont la marge d’erreur est de 5 % ou moins », explique le chercheur Chris Curtis, de Yougov, à l’AFP.

« Première possibilité : le parti conservateur ou travailliste gagne la majorité des sièges et va voir la Reine pour former le gouvernement, reprend Sarah Pickard. Qui rappelle : dans ce cas, le vendredi, les déménageurs arrivent, c’est assez brutal. Il n’y a que Larry le chat qui reste à Downing Street ! »

Deuxième cas de figure : pas de majorité. « Il faudrait alors appeler à une deuxième élection, mais personne n’en veut, tranche cette spécialiste. Enfin, il pourrait y avoir une coalition entre le parti gagnant mais pas majoritaire, et un parti plus petit. Mais c’est très rare au Royaume-Uni. » Ou encore un gouvernement de minorité, c’est-à-dire un accord avec un autre parti (mais sans ministre cette fois). « Si Johnson se retrouve sans majorité, on va être dans le même scénario qu’en 2017, il sera obligé de se tourner vers le parti unioniste d’Ulster, ajoute Agnès Alexandre-Collier. Pour les autres petits partis, c’est inimaginable. Quant au Brexit party, il a déclaré qu’il ne ferait pas obstacle aux conservateurs dans les circonscriptions. » Si Boris Johnson ne parvient pas à obtenir une majorité absolue, le Labour pourrait s’allier avec des petits partis pour diriger le pays. « Notamment les Verts et les nationalistes en Ecosse, de gauche », renchérit Sarah Pickard.

Quid du Brexit ?

Le chef du gouvernement a mis en garde contre le risque d’un Parlement sans majorité, qui l’empêcherait de faire voter l’accord de Brexit qu’il a négocié avec l’Union européenne et prolongerait la crise politique. Et a promis de sortir de l’Europe avant le 31 janvier 2020 s’il obtient la confiance des Britanniques.

« C’est toute l’ironie de ce scrutin, soupire Agnès Alexandre-Collier. Johnson le présente comme la fin, c’est très stratégique. Mais si le Brexit a vraiment lieu en janvier 2020, rien n’est fini. Le Royaume-Uni essaie de négocier sur le type de sortie, mais l’essentiel reste à faire : les détails techniques, le retrait des programmes européens, le budget, etc. On est loin d’en avoir vu le bout. Les spécialistes disent qu’il faudrait attendre dix ou quinze ans. C’est une façon de clore le problème de façon rhétorique. A l’image du référendum de 2016, James Cameron s’est lancé dans ce projet sans imaginer un instant qu’il pourrait échouer… »

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